
Cet avion qui a disparu en mer au large du Brésil le 1er juin 2009, avec 228 personnes à bord, fait actuellement la une des journaux.
Hier, lors d’une émission sur ce sujet, une personne a posé une question qui n’a pas reçu de réponse :
Comment des personnes, même croyantes, peuvent-elles supporter la mort brutale de leurs proches?
Il me semble important de me répondre à cette question, et toutes autres réponses ici sur ce blog seront les bienvenues.
Parce que la mort de nos proches peut toucher chacun d’entre nous, même s’il croit en Dieu, qui n’y a pas déjà pensé avec un serrement au coeur?
Supporter, c’est prendre le fardeau de la mort de celui qu’on aime sur le dos, sans broncher, sans manifester du chagrin. On entend souvent à la télévision, lors d’un enterrement, ce commentaire : “la veuve – la famille étaient très dignes…” Ce qui signifie sans pleurs ni cris de douleur.
Comme s’il était indigne, inconvenant de manifester notre chagrin.
Pourtant, il existe des témoignages de Maîtres spirituels qui ont pleuré à la mort d’un proche.
Être spirituel, croire en Dieu, ne nous rend pas insensible, ne court-circuite pas toutes nos émotions.
Au contraire, les Êtres spirituellement élevés font preuve d’une grande compassion, parce que leur coeur, débarrassé de la peur, est grand ouvert. Ainsi, ils sont en empathie avec tout ce qui existe, et captent la souffrance de chacun comme la leur.
Je me souviens d’une” bonne sœur” qui m’avait dit, l’air pincé : “Jésus n’a jamais ri!” Comme si manifester une émotion était un péché!
Et tout ces films sur Jésus où on le voit le visage totalement impassible, sans émotions, parlant et se mouvant au ralenti, pour soi-disant exprimer sa paix intérieure.
Mais observez le visage d’un Être éveillé, et vous y verrez la joie qui pétille dans les yeux, le regard pénétrant intense et l’amour qui déborde.
Il y a une confusion entre le détachement, la paix intérieure, et l’insensibilité.
Dans le détachement, le Sage observe les émotions qui peuvent venir en lui, mais il ne s’y identifie pas, sa paix intérieure, en profondeur, reste intacte, alors qu’à la surface il peut rire ou pleurer.
L’insensibilité, c’est la répression totale des émotions, qui ne peuvent s’exprimer et passer au travers de la carapace que l’individu s’est forgé pour se protéger de la souffrance… mais aussi de la joie.
Ou parce qu’il croit que c’est “spirituellement incorrect”.
Alors je pense que si l’on a vraiment aimé quelqu’un, d’un amour sincère, même si on est croyant, sa disparition brutale et souvent imprévue nous bouleversera, des émotions et des larmes jailliront, et si nous avons de l’amour pour nous-même, nous les accueillerons avec compassion et les laisserons s’exprimer librement.
Que l’on croit en un Dieu d’amour, à une vie après la mort, aux anges, au Paradis, ou à quoique ce soit d’autre, la mort de quelqu’un qu’on aime a la même conséquence pour tous :
On ne reverra plus jamais sur cette terre la personne aimée. On est privé de sa présence physique, il ne peut plus y avoir de partage, de relation, de communication, d’échange comme avant.
Peut-être même cette personne est morte dans la souffrance, en notre absence, et nous n’étions pas là pour l’aider et la réconforter.
Cela est une souffrance pour tous.
Pour moi, la véritable question à se poser, n’est pas si la foi nous permettra de supporter la mort d’un proche, en se consolant par diverses pensées comme le Paradis, par exemple, mais :
Comment des personnes croyantes peuvent-elles accepter la mort d’un proche?
Et là je crois qu’il peut y avoir une véritable différence.
La véritable souffrance, celle qui perdure après le choc et la douleur d’avoir perdu quelqu’un qu’on aime, vient de nos pensées, de nos croyance à propos de la mort, de la vie, de Dieu qui fait qu’on ne peut pas accepter cette mort, qu’on a qu’un seul désir intense : que cette personne revienne.
Ce sont toutes les pensées, les croyances qu’on rattache à cette mort qui peuvent entretenir – ou pas – notre souffrance.
Si nous croyons en un Dieu qui décide de tout pour nous, avec un esprit vengeur, de jugement et de condamnation. Si nous croyons qu’il est quelque part, “là-haut”, séparé de nous, nous serons dans l’incompréhension, dans un sentiment d’injustice, et nous risquons fort de nourrir des sentiments de colère, de rancœur et d’amertume, ce qui s’ajoutera à notre souffrance.
Si nous croyons à l’enfer pour ceux qui n’ont pas donné leur vie à Jésus ou à tout autre Maître, nous serons effrayés et désolés pour ceux qui sont morts sans croyances. Nous aurons du mal à l’accepter, et à nouveau nous pourrons ressentir de la colère contre Dieu.
Si nous nous sentons séparés de Dieu. Dieu étant un être suprême, supérieur, tout puissant là-haut, et nous de pauvres créatures pécheresse sans aucun pouvoir, nous pourrons ressentir des sentiments d’injustice, de cruauté, surtout si c’est un enfant qui meurt.
La mort d’êtres jeunes nous touche beaucoup plus, comme un gâchis, une erreur, une perte. “Il avait toute la vie devant lui!”
Il y avait un bébé sur ce vol...
Les médias parlent sans cesse de victimes “innocentes”, ce qui sous-entend que c’est une injustice, comme si la mort ne devrait être que pour les “coupables”.
Mais qui sait qui est totalement innocent ou totalement coupable? Et la mort serait-elle donc une condamnation, et elle ne serait justifiée que pour les méchants? Mais à quels degré? Pour quelles actions?
Ces réactions dévoilent la croyance cachée, souvent inconscientes, que la mort est une sanction, une punition.
C’est ce type de sentiments qui rajoutent à notre douleur et nous empêchent d’accepter la mort avec sérénité et confiance, une fois le choc passé.
C’est parce que nous nous identifions à ce corps, à ces pensées, cette personnalité, que nous souffrons de la perte du corps, du mental et de la personnalité d’autrui.
C’est parce que nous entretenons les pensées de perte, de manque, d’injustice, d’accident, de malheur que nous souffrons encore et encore.
Le Sage qui connaît la Vérité va pleurer sur le coup, mais cela ne durera pas, car aucune pensées négatives et erronées ne seront entretenues sur la mort.
Le Sage sait que le corps n’est qu’une enveloppe, destinée à périr et que la véritable entité, qui se cache derrière la personnalité et les pensées, c’est l’âme. Et que cette âme est l’émanation, le reflet de Dieu. Elle est donc éternelle.
Le Sage sait que Dieu est amour inconditionnel, qu’Il ne punit ni ne condamne ni ne décide de la mort d’aucun de nous.
“Retour à Dieu” de Neale Donald Walsch, enseigne que nous avons le libre-arbitre total, même pour notre mort. Il enseigne que c’est l’âme qui choisit quand elle veut partir ou rester. Que malgré la pire des apparences, c’est toujours l’âme qui choisit le moment de la mort de son réceptacle.
Si nous sommes très attachés à notre ego, à notre personnalité, nos opinions, pensées, souvenirs, croyances, il nous sera difficile de comprendre cela.
Mais si nous nous rappelons que tout cela n’est qu’apparences, un faux-moi, qui donne à l’âme incarnée la possibilité de faire l’expérience d’elle -même afin de savoir qui elle est vraiment de façon expérientielle, nous comprendrons que cette personne n’était que l’instrument – plus ou moins coopératif – de l’âme, qui est la vraie personnalité de ceux qui meurent.
Si nous gardons toujours à l’esprit que tout ce qui arrive, a lieu pour l’évolution de l’âme, que c’est elle qui choisit, avec sa sagesse divine (puisqu’elle est une émanation de Dieu) le moment de la mort, nous ne pourrons plus nous désoler de la mort brutale d’un bébé, plus que de la mort d’un vieillard, ni trouver cela injuste, ni même croire que c’était un malheur, un accident dû au hasard.
Si nous réalisons que tout ce qui arrive dans notre vie, c’est nous -notre âme- qui l’avons attiré, créé pour nous donner l’opportunité d’évoluer, de faire l’expérience de qui on est, nous comprendrons alors que c’est l’âme de l’être cher perdu, qui a créé la circonstance de sa mort, et nous saurons que c’était pour le mieux, et cela nous apaisera.
C’est comme si un ami très cher venait nous dire :” Voilà, je meurs d’envie d’aller faire l’expérience de vivre définitivement parmi les aborigènes d’Australie, sans aucuns moyens de communication. Je t’aime et je penserai toujours à toi, mais désormais, tu ne pourras plus me voir ni communiquer avec moi. Mais j’ai besoin de partir là-bas, vivre d’autres choses qu’ici“.
Si nous cessons de penser à la mort comme une fin, mais au contraire comme une nouvelle vie, un nouveau départ, nous ne serons pas tristes pour la personne partie.
Pour l’âme, même 9 mois de croissance in utéro et quelques semaines de vie sont une expérience extraordinaire et formatrice!
Au contraire, nous nous réjouirons pour elle, de cette évolution supplémentaire de son âme, grâce à cette vie-ci.
Dans certaines cultures, comme aux Antilles, par exemple, le mort est veillé dans la danse, la musique, les réjouissances, pour fêter son passage dans une autre dimension, un pas de plus dans son évolution.
Au niveau le plus élevé, nous sommes tous Un, et ce Un, c’est Dieu. Ce qui signifie qu’il n’y a que Dieu qui existe. Nous sommes tous une individuation de Dieu, un autre aspect de Lui-même qui se reflète en chacun de nous.
La mort, dans cette compréhension, n’est que la fin d’un de ses reflets de Dieu, qui lui a permis de faire l’expérience de Lui-même sous une certaine forme, d’une certaine façon.
C’est un vague qui s’est élevée, avec sa propre couleur et sa forme particulière, pour retomber, le temps d’une vie, dans l’Océan qui est sa véritable nature.
Bien entendu, je sais que cela est plus facile à dire qu’à vivre. Et je ne sais pas moi-même comment je réagirai le jour où je perdrai un être cher.
Mais c’est justement là le défi de la vie spirituelle : arriver à vivre – ce qu’on appelle mettre en pratique- notre foi, nos croyances, les enseignements de Sages.
Et la mort d’un être aimé est un gros défi, car là, nous ne pouvons pas nous cacher derrière le “faire”, derrière des pratiques religieuses, nous ne pourrons pas nous tromper nous-même et ce que nous vivrons à ce moment-là, ce que nous ressentirons, la façon dont nous réagirons, sera une juste mesure de ce que nous avons réellement compris.
Pour ma part, je pense à la mort de mes proches chaque jour. Et à la mienne aussi.
Pas dans un esprit de crainte ou d’angoisse, mais parce que le rappel de la mort, de l’impermanence de toute chose, rend chaque instant précieux. Cela m’apprend à jouir de la présence de ceux que j’aime, même dans les choses les plus simples. Cela m’aide à relativiser leurs actes, quand ils me paraissent négatifs.
Je me souviens du jour où je me suis aperçue que ma fille de 16 ans avait falsifié ma signature sur son cahier de liaison et séché les cours plusieurs jours tout cela en me mentant parfaitement. J’étais dans une telle rage, une telle révolte pour cet acte que je jugeais gravissime.
Mais heureusement qu’elle n’était pas là quand j’ai découvert le pot aux roses. Car cela m’a donné un espace pour imaginer quels seraient mes sentiments si à l’instant, on venait m’annoncer sa mort.
Ce fut magique.
Ma colère s’est effondrée comme un château de carte. J’ai vu la réalité telle quelle : l’entourloupette classique d’une adolescente et cela m’a soudain paru sans grande importance, comme une virgule dans ma vie et la sienne. Face à sa mort, les jugements, la vexation de l’ego maternel m’ont semblé tout à fait futiles.
Je me suis rappelée aussi que c’était mon âme qui avait créé cette situation pour m’offrir l’opportunité d’exprimer le meilleur de moi-même en tant que mère. Ce qui m’a aidée à régler plus tard le problème avec elle.
La mort fait partie de la vie, dès notre premier cri au sortir du ventre de notre mère. Ne pas l’oublier nous aide à vivre et aimer davantage.
Comprendre ce qu’elle est et ce qui se passe peut nous aider à ne pas entretenir inutilement des pensées erronnées et douloureuses à la mort de quelqu’un, en plus de la souffrance de séparation.
Accueillir, accepter et exprimer nos émotions nous permettra de faire le deuil.
Car la plus grand souffrance face à la mort, ou quoique ce soit qui nous arrive dans la vie, c’est le refus de ce qui est.
Et la plus grande paix, c’est l’acceptation, mieux encore, l’accueil de tout ce qui est, parce qu’on est intimement convaincu que tout arrive pour le bien de notre âme, et que pour l’âme, TOUT EST PARFAIT.
* * *
( 1 ) “Le salaire du péché, c’est la mort“, dit la Bible. On a trop souvent interprété cette parole comme une condamnation, alors que ce n’est qu’une conséquence. Le mot péché signifie “perte de la cible” ce qui prend tout son sens quand on comprend le but de l’âme. Le péché, c’est aussi l’ignorance de notre véritable nature divine.
A chaque instant, l’âme nous appelle à vivre à son niveau, car c’est notre éveil qui lui permettra d’atteindre sa cible : la libération. Personnellement, j’interprète ce verset comme la décision de l’âme de changer de véhicule, lorsqu’elle a expérimenté ce qu’elle avait besoin d’expérimenter.